Checklist terrain
Ce qu'il faut vérifier sur une adresse précise avant d'acheter, avec les outils publics correspondants. Le seul contenu de cette étude dont la valeur ne dépend d'aucune projection.
Cette page est la seule dont la valeur ne dépend d'aucune projection. Le classement départemental dit quelles régions regarder ; il ne dit rien de la parcelle. Or c'est la parcelle qui décide : dans un même département, deux maisons séparées de trois kilomètres peuvent être en situation opposée sur l'argile, l'inondation, le feu, l'eau du robinet et l'assurabilité.
Comment l'utiliser#
Trois niveaux de gravité sont indiqués pour chaque point, en toutes lettres :
- Rédhibitoire — si la réponse est mauvaise, renoncez. Ne négociez pas le prix : le problème n'est pas le prix.
- À chiffrer avant de signer — surmontable, mais cela coûte de l'argent, et le montant doit être connu avant l'offre, pas après.
- À surveiller — n'empêche pas d'acheter, mais change la façon d'habiter ou de revendre.
Deux règles de méthode qui valent plus que la liste elle-même :
- Exigez des documents, pas des réponses orales. « Il n'y a jamais eu d'eau ici » n'est pas une information. Un arrêté, une étude, un zonage, une facture le sont.
- Faites les démarches vous-même. Le vendeur et l'agence ont un intérêt à la vente. La mairie, elle, n'a aucun intérêt à ce que vous achetiez.
1. Le sol : le retrait-gonflement des argiles#
Ce qui a changé récemment#
L'arrêté du 9 janvier 2026 a révisé la carte nationale d'exposition. Les conséquences sont massives.
| avant | après l'arrêté du 9 janvier 2026 | |
|---|---|---|
| Part du territoire en aléa moyen ou fort | 48 % | 55 % |
| Maisons individuelles concernées | 10,3 millions | 12,1 millions |
| Part du parc de maisons individuelles | — | 61,5 % |
Motif de la révision : environ 240 000 sinistres entre 2018 et 2022, soit 58 % de tous les sinistres de retrait-gonflement recensés depuis 1989 — en cinq ans.
Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026, en zone d'aléa moyen ou fort :
- une étude géotechnique préalable est obligatoire lors de la vente d'un terrain à bâtir ;
- elle s'impose également dans le cadre d'un contrat de construction de maison individuelle.
C'est un levier juridique réel et récent. Utilisez-le.
À vérifier#
Rédhibitoire — le classement d'aléa de la parcelle, pas de la commune. Consultez les cartes d'aléa du BRGM et Géorisques pour la synthèse des risques à l'adresse. Le libellé qui a une portée réglementaire est « aléa moyen ou fort » : c'est celui-là qu'il faut chercher, et c'est le seul dont cette étude a pu établir la portée juridique.
Rédhibitoire — pour un terrain à bâtir ou une construction de maison individuelle en aléa moyen ou fort : l'étude géotechnique préalable. Elle est obligatoire. Si on ne vous la fournit pas, il y a un problème — soit de conformité, soit de bonne foi.
À chiffrer — les fissures, sur une maison existante. Regardez les façades, les angles d'ouverture, les carrelages, les portes qui ferment mal. Une fissure en escalier dans un enduit, sur une maison sans sous-sol posée sur argile, n'est pas un défaut esthétique. Faites-vous accompagner au moindre doute.
À chiffrer — l'historique de sinistres sécheresse de la commune. Une commune plusieurs fois reconnue en état de catastrophe naturelle pour sécheresse a un problème structurel de sol.
À surveiller — les arbres. Les arbres proches d'une maison sur argile aggravent le retrait par pompage racinaire, et leur abattage brutal peut produire l'effet inverse. À aborder avec un géotechnicien, pas à trancher seul.
À surveiller — l'âge et le type de fondations. Les maisons anciennes à fondations superficielles sont les plus exposées.
2. L'eau qui arrivera au robinet#
C'est le point le plus important de cette page.
La démarche, dans l'ordre — dix minutes avant même de visiter#
- Relevez le code INSEE de la commune de la parcelle.
- Consultez le portail officiel du contrôle sanitaire,
eaupotable.sante.gouv.fr, où les bulletins d'analyse sont diffusés commune par commune. - Sur le dernier bulletin, relevez quatre choses : les nitrates (mg/L), les pesticides totaux (µg/L), la conclusion sanitaire, et le nom de l'unité de distribution.
- Demandez l'historique, pas le dernier bulletin. Une valeur isolée ne dit rien de la variabilité : les nitrates culminent en fin d'hiver et à l'étiage.
- Si le portail fait défaut, le jeu de données brut est téléchargeable sans obstacle sur
data.gouv.fr— « Résultats du contrôle sanitaire de l'eau distribuée commune par commune ». Le fichierDIS_COM_UDI_<année>.txtdonne, pour un code INSEE, la ou les unités qui desservent la commune.
Le réflexe qui change tout, et qui n'est dans aucun guide#
Rédhibitoire — identifiez l'unité de distribution de la parcelle, pas celle de la commune. Question à poser telle quelle en mairie ou au service des eaux :
« Quelle est l'unité de distribution qui dessert cette parcelle, et quel est son code SISE-Eaux ? »
Avec ce code à neuf chiffres, l'historique complet devient consultable. Sans lui, vous regardez peut-être le réseau du voisin.
Et si la commune est desservie par plusieurs unités, la question devient éliminatoire :
« Cette adresse dépend-elle du réseau du bourg ou de celui du lotissement ? Les deux unités de distribution délivrent-elles la même eau ? »
Le document officiel à réclamer#
À chiffrer — le rapport annuel sur le prix et la qualité du service public d'eau potable. Il est obligatoire et public. Demandez-le au service des eaux compétent — le plus souvent la communauté de communes ou d'agglomération, plus rarement la commune ou un syndicat intercommunal. La mairie sait toujours qui il est ; à défaut, la préfecture.
Demandez en même temps le bilan annuel de qualité de l'agence régionale de santé, joint une fois par an à la facture d'eau : le vendeur ou un voisin l'a chez lui.
Les quatre questions qui révèlent la fragilité au-delà des chiffres#
Rédhibitoire — « L'unité de distribution est-elle interconnectée à un autre réseau ? » Une unité isolée n'a aucun secours en cas d'incident ou d'étiage sévère.
À chiffrer — « Y a-t-il un traitement de dénitratation ? » Si oui, la bonne qualité est produite, pas héritée : elle dépend d'un budget de fonctionnement et d'une installation qui vieillit. Demandez son âge. Une eau propre grâce à un traitement, dans une collectivité sans épargne, n'est pas une eau propre durablement.
À chiffrer — « Y a-t-il eu des restrictions de consommation ces cinq dernières années, et pour quel paramètre ? »
À chiffrer — « La commune a-t-elle déjà été ravitaillée par camion-citerne ? » C'est le meilleur signal avancé d'une rupture d'approvisionnement, et il n'existe aucune liste nationale.
À surveiller — pour un bâti antérieur à 1960, faites vérifier l'absence de branchement en plomb. Ce risque est dans la maison, pas dans le réseau, et aucune donnée publique ne le voit.
3. La fibre — à vérifier à l'adresse, jamais au territoire#
À chiffrer — testez l'éligibilité à l'adresse exacte. La couverture nationale est élevée — médiane 97 %, minimum 80 % — et le classement départemental est contre-intuitif : la Creuse est à 98,9 %, Paris à 94,7 %, les Côtes-d'Armor à 80,4 %.
4. Le radon#
À chiffrer — vérifiez le classement radon de la commune. C'est un risque domestique que le classement départemental de cette étude ne voyait pas du tout : il est d'origine géologique, lié aux sous-sols granitiques, et il se mesure à l'intérieur du bâtiment.
Il concerne notamment les territoires de socle cristallin — Bretagne intérieure, Massif central — qui sont aussi ceux que l'étude classe bien sur les critères climatiques.
5. L'inondation#
Rédhibitoire — le zonage du plan de prévention des risques d'inondation à la parcelle, et non le fait que la commune soit ou non « en zone inondable ».
À chiffrer — l'historique des arrêtés de catastrophe naturelle de la commune, consultable dans la base nationale.
6. Le littoral et le recul du trait de côte#
Rédhibitoire — vérifiez si la commune figure sur la liste des communes soumises au dispositif de recul du trait de côte. 371 communes sont concernées à la date de publication, et cette liste est un indicateur avancé de dévalorisation.
7. Le feu de forêt et l'interface habitat-forêt#
Rédhibitoire — la distance à la lisière forestière et l'existence d'obligations légales de débroussaillement. Demandez si elles s'appliquent à la parcelle, et à qui incombe le coût.
À chiffrer — le risque progresse le plus vite là où il est aujourd'hui le plus bas. Sur l'échelle 0-10 de cette étude, la Manche passe de 1,5 à 6,2 d'ici 2076. Un territoire sans histoire d'incendie n'est pas un territoire sans risque futur.
8. La chaleur, et le logement lui-même#
À chiffrer — l'inertie thermique et la possibilité de ventilation nocturne traversante. Ce qui compte n'est pas le pic de l'après-midi mais la capacité du logement à redescendre la nuit.
À chiffrer — l'orientation, les protections solaires, l'isolation de la toiture. Une toiture non isolée transforme les combles en radiateur nocturne.
À surveiller — la position dans le relief. Un fond de vallée ou une cuvette concentre chaleur et pollution. Le classement départemental ne voit pas cet effet : il est traité par un malus grossier, pas par une analyse topographique. Voir Chaleur.
9. L'assurance : le canal de bascule le plus rapide#
Rédhibitoire — demandez un devis d'assurance habitation à l'adresse exacte, avant l'offre. Un refus de souscription, une franchise inhabituelle ou une exclusion sur un péril donné sont des informations décisives que rien d'autre ne vous fournira.
Pour mémoire, le cadre bouge : la surprime catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % au 1ᵉʳ janvier 2025, et +3 points supplémentaires sont jugés nécessaires d'ici 2050.
10. L'urbanisme, le voisinage et ce qui va être construit#
À chiffrer — consultez le plan local d'urbanisme et les projets en cours d'instruction. Ce qui est constructible autour de la parcelle change la valeur et l'usage du bien.
À surveiller — les zones d'activité, les élevages, les projets d'infrastructure.
11. L'accès aux soins et à l'école#
À chiffrer — le temps de trajet réel jusqu'aux urgences pédiatriques et à la maternité.
À chiffrer — la distance au premier établissement d'enseignement supérieur. C'est le vrai discriminant entre territoires : il varie d'un facteur 4 entre les quinze territoires instruits, de 18,7 à 78,5 km — là où le réseau scolaire obligatoire tient dans un rapport de 2. Voir Santé et services.
À surveiller — l'âge des médecins généralistes du secteur. La démographie médicale de 2035 est déjà lisible aujourd'hui, et le départ de deux praticiens suffit à faire basculer un bassin de vie au-delà des 45 minutes d'accès.
12. Le territoire est-il en train de se vider ?#
À chiffrer — le solde démographique total de la commune et du bassin de vie, naturel et migratoire réunis.
À surveiller, sur place : les commerces fermés, les classes fermées, l'état de la voirie, la présence ou l'absence d'un médecin, d'une pharmacie, d'une école.
13. Le test final, avant de signer#
Trois questions à se poser dans l'ordre. Si l'une reste sans réponse documentée, il est trop tôt pour signer.
- Ai-je un document officiel pour chaque point rédhibitoire — zonage argiles, zonage inondation, unité de distribution et son historique, devis d'assurance ?
- Ai-je chiffré ce qui doit l'être — étude géotechnique, travaux d'adaptation thermique, prime d'assurance, trajets réels ?
- Ce bien sera-t-il vendable et assurable dans vingt-cinq ans ?