Santé et services
Le domaine qui contredit le plus nettement les autres — les territoires les plus frais sont souvent les plus démunis en pédiatrie. Et un même lieu reçoit deux verdicts opposés selon l'âge de qui l'habite.
C'est le domaine le plus directement lié à la question posée, et celui qui contredit le plus nettement les autres. Les domaines physiques désignent des territoires frais, peu exposés et peu tendus sur l'eau. Celui-ci montre que ce sont souvent les mêmes territoires qui n'ont pas de pédiatre.
À partir de quelle température un nourrisson est-il en danger ?#
C'est la première question posée, et elle n'a pas de réponse chiffrée.
Le mécanisme, lui, est établi depuis 2003 : ce n'est pas le pic diurne qui tue, c'est l'absence de récupération nocturne, quand la température intérieure ne redescend pas et que l'organisme ne peut plus dissiper la chaleur accumulée. Un nourrisson y est physiologiquement plus exposé — rapport surface/masse défavorable, thermorégulation et sudation immatures, incapacité à se réhydrater, à se découvrir ou à signaler son inconfort autrement que par des pleurs, dépendance totale à un tiers.
Le compromis fraîcheur contre pédiatrie : réel, mais il dure sept ans#
| département | nuits tropicales 2076 | pédiatrie /10 | généralistes (consult./hab./an) | enclavement /10 | air /10 |
|---|---|---|---|---|---|
| Haute-Loire | 0,3 | 0,0 | 3,29 | 9,95 | — |
| Hautes-Alpes | 0,0 | 2,1 | 4,48 | 6,2 | 5,7 |
| Cantal | 0,4 | 1,4 | 3,39 | 10,0 | — |
| Lozère | 1,0 | 2,3 | 2,23 | 6,2 | — |
| Côtes-d'Armor | 4,4 | 2,3 | 2,96 | 9,4 | 0,55 |
| Manche | 4,0 | 2,9 | 2,83 | 6,8 | 0,47 |
| Finistère | 4,7 | 5,1 | 4,14 | 9,4 | 0,66 |
Les quatre premières lignes sont exactement les refuges thermiques de la page Chaleur. Ce sont des déserts pédiatriques et des territoires très enclavés. On ne peut pas avoir les deux dans ces départements-là.
L'ordre de grandeur de l'écart est brutal. Densité de pédiatres pour 100 000 habitants : Paris 55,0 contre Indre 2,35 — un rapport de 23. Puis Haute-Loire 2,62, Eure 3,15, Creuse 3,48, Ain 3,72, Meuse 3,95.
Deux précisions qui changent la lecture#
La hiérarchie de l'accès aux généralistes n'est pas celle de l'accès aux pédiatres. La Haute-Loire a une accessibilité aux généralistes correcte — 3,29 consultations par habitant et par an, au-dessus de la moyenne nationale de 3,25 — et le corps médical le plus jeune de France. Et pourtant l'avant-dernière densité de pédiatres du pays.
Autre surprise : les moins bien dotés en généralistes ne sont pas les zones de montagne auxquelles on pense spontanément, mais le Centre et la grande couronne francilienne — Cher, Seine-et-Marne, Eure-et-Loir, Val-d'Oise, Essonne, Yvelines, Yonne, Eure.
Ces territoires sont au bord d'une discontinuité, pas sur une pente douce. Un département à 2,4 pédiatres pour 100 000 habitants n'occupe pas un palier stable : le départ de deux praticiens peut faire basculer un bassin de vie entier au-delà des 45 minutes d'accès. C'est un effet de seuil, et aucun indicateur continu ne le capte — mais il ne porte que sur la petite enfance.
Le cas de la Mayenne l'illustre. Le département le mieux classé affiche 5,27 pédiatres pour 100 000 habitants — dernier décile national. C'est une contrainte de début de période, pendant laquelle un ménage peut arbitrer autrement — proximité de Laval, puis d'Angers ou du Mans — et non une disqualification à cinquante ans.
Pourquoi un poids constant se trompe ici : le modèle n'a pas de dimension d'horizon#
Le réseau scolaire ne discrimine pas — et c'est un résultat utile#
La scolarité est mesurée sur les quinze territoires de tête, commune par commune contre le réseau national géolocalisé. Le résultat est négatif, et il est solide.
| échelon | amplitude sur les quinze territoires |
|---|---|
| école | 0,8 à 1,6 km |
| collège | 2,1 à 4,2 km |
| lycée général et technologique | 4,8 à 8,6 km |
| lycée professionnel | 4,3 à 8,0 km |
| premier post-bac (BTS, CPGE) | 4,9 à 8,9 km |
L'écart maximal est d'un facteur 2, sur des distances toutes inférieures à 9 km. Aucun des quinze territoires ne présente de carence de réseau scolaire obligatoire.
Le vrai discriminant est l'enseignement supérieur, et il vaut un facteur 4#
Là où le réseau scolaire obligatoire tient dans un rapport de 2, l'accès à l'enseignement supérieur varie d'un facteur 4 entre les quinze territoires de tête : de 18,7 km dans le Calvados à 78,5 km dans les Côtes-d'Armor.
C'est une contrainte qui se matérialise une vingtaine d'années après l'installation, pour un ménage arrivant avec un enfant en bas âge — donc bien dans l'horizon de cette étude, et bien au-delà de la contrainte pédiatrique.
La bascule : le même lieu, deux verdicts selon l'âge de qui l'habite#
C'est la conséquence la plus importante de tout ce domaine. Un territoire idéal pour un enfant scolarisé peut être un piège pour une personne au grand âge — et c'est le même lieu, quarante ans plus tard.
Croiser un indice « enfant » (accès au supérieur, diversité des options, qualité de l'air) et un indice « parents » (généralistes, attrition médicale, structures de dépendance, surmortalité caniculaire, dépendance automobile) donne :
| verdict | départements |
|---|---|
| Bon pour l'enfant et pour les parents | Calvados · Ille-et-Vilaine · Finistère · Somme · Bas-Rhin |
| Enfant seulement | Morbihan · Meurthe-et-Moselle · Eure |
| Parents seulement | Mayenne · Côte-d'Or · Haute-Loire |
| Ni l'un ni l'autre | Côtes-d'Armor · Aisne · Orne |
Le résultat le plus inconfortable est que les deux premiers du classement général n'y sont pas. La Mayenne, première du classement général, est bonne pour les parents et faible pour l'enfant. L'Orne, troisième, n'est bonne ni pour l'un ni pour l'autre sur ces critères : université à 59 km, la plus faible diversité d'options des quinze, l'accessibilité aux généralistes la plus basse et l'attrition médicale projetée la plus élevée.
Ce n'est pas une contradiction avec le classement — l'Orne y est portée par sa sécurité physique et son prix — mais c'est exactement la dimension que le classement ne voyait pas.
Le Calvados et l'Ille-et-Vilaine se détachent nettement. Le Calvados échappe au compromis fraîcheur/pédiatrie et au compromis enfant/parents — avec une réserve qui tient entièrement : l'arrière-pays, pas le littoral.